Naissance
Les premiers commencements de la psychanalyse Freud les attribue au Dr Breuer. Ce médecin avait en charge une patiente (1880-1882) qui présentait des troubles graves (une contracture des deux extrémités avec anesthésie, des troubles visuels, une toux nerveuse, un dégoût de toute nourriture et était incapable de boire malgré une soif dévorante..). Un jour Breuer entendit sa patiente (Anna) murmurer mais ne pu comprendre ce dont il s’agissait. Il décida donc de l’hypnotiser et, à sa grande surprise, Anna lui raconta que lorsqu’elle était plus jeune elle était entrée dans la chambre de sa gouvernante et avait observé, avec horreur, le chien de celle-ci boire dans son verre. Depuis elle était incapable d’approcher de sa bouche un verre d’eau. Aussitôt cet épisode raconté, la jeune fille sorti de l’état hypnotique prit un verre et bu à grande gorgée. Son hydrophobie avait définitivement disparu... Des cas semblables existaient depuis longtemps et, puisqu’il semblait que les patients souffrant de ce type de trouble (cad des troubles physiques sans cause organique) étaient exclusivement des femmes on donna à l’affection le nom d’hystérie (en grec signifie utérus). Avant Breuer, personne n’était parvenu à faire disparaître les symptômes des hystériques ! Breuer et Freud unirent leurs efforts, de cet effort commun naquit la psychanalyse dont Freud fut l’unique partisan pendant quelques temps... (vous pourrez retrouvez d’autres cas d’hystérie dans « études sur l’hystérie » de Freud et Breuer).
Pour Freud l’hystérique souffrait donc de réminiscences : le patient avait vécu une expérience traumatique qui, lorsqu’elle reparaissait à la mémoire, faisait disparaître le symptôme. Et puisque le sujet n’avait pas conscience de cette réminiscence (souvenir traumatique), Freud en déduit qu’il existait dans notre psychisme une zone inconsciente. L’analogie à laquelle recourt Freud est très pédagogique et mérite d’être citée ici : Il y a à Londres une colonne moderne très haute que l’on appelle « The monument » construite en commémoration du grand incendie de 1666. Imaginez un Londonien qui s’arrêterait mélancoliquement devant un tel monument et se mettrait à pleurer la destruction de la ville de ses pères, alors que cette ville est depuis longtemps sortie de ses cendres et brille d’un éclat plus vif encore aujourd’hui que jadis. Et bien les hystériques et autres névrosés se comportent de la même façon vis-à-vis d’événements douloureux passés depuis longtemps. Ils ne se libèrent pas du passé et négligent la réalité et le présent. La comparaison est encore incomplète car, avons nous dis, le souvenir est inconscient. D’autre part tout le monde a vécu des moments douloureux et il est naturel d’y repense de temps à autres. Cela ne suffit pas expliquer la nature des symptômes, ni les troubles physiques.
En fait lorsque nous vivons un événement tragique, nous ressentons une certaine dose d’affect (émotion) qui doit normalement se déverser par la parole et les actes. Mais dans le cas D’Anna, ces affects ont été refoulés (il faut ajouter qu’Anna avait du veiller son père avant qu’il ne meurt et pour lui épargner du chagrin avait volontairement étouffé sa profonde tristesse, de même que lorsqu’elle a été témoin de cette scène où le chien de la gouvernante buvait dans son verre, elle n’a rien dit par politesse). Du coup ses affects sont restés coincés pour ainsi dire et ont été converti en manifestations physiques (d’où le nom d’hystérie de conversion). Grâce à l’hypnose on pouvait donc retrouver les souvenirs douloureux, les ramener à la conscience et donc libérer les affects coincés ce qui faisait disparaître les symptômes.
Mais Freud se révéla être un mauvais hypnotiseur disent certains et c’est ce qui lui valu d’inventer la psychanalyse ! Freud se contente de dire qu’il ne parvenait pas à hypnotiser la moitié de ses patients et que donc il fallait trouver une autre méthode. Il découvrit, grâce à Benheim, que si on insistait un peu on s’apercevait qu’en fait les sujets hypnotisé conservaient en mémoire le souvenir de ce qu’il s’était passé sous hypnose. Freud décida de ne plus recourir à l’hypnose mais d’obliger en quelque sorte le patient de répondre à ses questions. Il y parvint avec succès et abandonna l’hypnose définitivement. Ce faisant il fit une autre découverte : les résistances. En effet les forces qui empêchent le patient de retrouver les traces d’événement passé sont les résistances or il lui est apparu rapidement que ces résistances étaient les mêmes qui, au moment du traumatisme, ont provoqué l’oubli. Ce mécanisme Freud le nomme refoulement. Là encore Freud recourt à une exemple très simple (qui inaugure d’ailleurs la première topique) : Imaginez que durant une de vos conférences un individu se met à s’agiter, à parler à voix haute et à faire du bruit. Vous devez suspendre votre conférence, c’est alors que quelques auditeurs vous viennent en aide et mettre cet hurluberlu à la porte et la bloque pour être sûr qu’il ne re rentre pas. Ces quelques auditeurs sont les résistances, l’individu est refoulé de la même façon qu’une représentation psychique peut-être rejeté dans l’inconscient. Les résistances faisant en sorte que la représentation ne reviennent pas à la conscience. Mais le perturbateur peut tout de même continuer à taper contre la porte, crier, faisant ainsi autant de bruit que lorsqu’il était à l’intérieur (symptômes). Pour remettre de l’ordre dans votre conférence il faudrait alors qu’un médiateur parle avec cet individu et obtienne des auditeurs la permission qu’il revienne en échange de sa promesse de bien se tenir. Ce médiateur c’est l’analyste. C’est lui qui va retrouver une représentation refoulée pour la réintégrer à la conscience et ainsi remettre de l’ordre dans le psychisme de son patient.
Vient ensuite le problème de la nature de ces résistances. Pourquoi une représentation est-elle refoulée ? Quels sont les critères ? Au fil de son expérience Freud découvre que beaucoup de réminiscences viennent de la petite enfance du patient et ont souvent à voir avec ce qui est sexuel. Il finira par conclure que les névroses, particulièrement l’hystérie, ont une étiologie sexuelle. Reste que cela revient à supposer qu’il existe une activité sexuelle précoce (dès 3 ans), que Freud appelle la sexualité infantile. Finalement Freud fait l’hypothèse que tout symptôme provient d’un désir et que ce désir est sexuel et à avoir avec la petite enfance du sujet. Cette hypothèse lui a valu pas mal de reproches mais pas toujours fondé : car Freud donne au sexuel un sens très large qui va bien au delà de ce qui a trait aux organes sexuels et à l’accouplement. Et c’est ainsi que Freud découvre la sexualité infantile et écris les trois essai sur la théorie sexuelle et qu’il découvre l’œdipe qu’il pose d’emblée comme pierre angulaire de la névrose. On commence à entrer ici de plein pied dans la théorie psychanalytique, puisque Freud découvre l’existence de pulsions, tente de dessiner l’appareil psychique au travers des topiques psychiques et comme une découverte en amène une autre... La psychanalyse était née. Pour donner une date disons que la psychanalyse est née en 1900, lorsque Freud a écris l’Interprétation des rêves.